Rencontre avec un urbexplorateur

Viviane D. vous raconte

(Photographies de Viviane D.)

Après avoir vu la très belle exposition de Paul Hamelin, bien connu sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme d’ »Urbex Watch », au centre du Val de Vray il y a quelques jours, j’ai eu envie de rencontrer l’artiste et d’échanger sur son travail avec lui.

Paul Hamelin, 19 ans, étudiant, se passionne pour la photo et l’exploration urbaine en découvrant ces 2 activités simultanément. Il y a 3 ans, il se rend sur un lieu, une ancienne usine, dans son village d’origine. Connue des jeunes du coin, il s’y rend par curiosité et shoote ses premières photos.  La passion est née.

Permis en poche, il sillonne la région à l’affût de bâtiments en friche et d’usines ou ateliers à explorer. Il se familiarise avec les règles de l’urbex, apprend le respect des lieux,  les petites et grandes histoires des friches qu’il découvre. Il marche dans les pas de ceux qui l’ont précédé, ne vole pas, ne dégrade pas les lieux abandonnés et reste discret lorsqu’il les aborde. Il commence ainsi à s’intéresser au patrimoine de notre région. Et à l’immortaliser sur sa pellicule. Car Paul a ce talent de rendre des couleurs à ces friches oubliées de tous. Ses photos redonnent une seconde vie à ces ruines que souvent la nature a reprise dans ses filets, les jeux d’ombres et de lumières laissent entrevoir le faste d’antan et la vie qui brillait en ces lieux. Il a ce don de colorer l’atmosphère, de rendre la solitude poussiéreuse moins oppressante, le don de rendre ces endroits beaux et vivants dans le silence de leur repos qui semble éternel…

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Et d’ailleurs, comment trouver ces lieux mystérieux ? En regardant autour de soi ! L’urbex, je le rappelle, est l’exploration des bâtiments abandonnés en milieu urbain. Parce que l’échange d’adresses ne se pratique pas (ou peu) permettant ainsi la protection de l’intégrité des lieux. Et c’est tellement plus gratifiant de trouver soi-même un spot inviolé ou peu visité !

Le but premier est de ne pas mettre en danger des lieux qui sont certes abandonnés mais qui parfois contiennent encore des objets de valeur. Il est bien évident que la pratique de l’urbex ne doit surtout pas être le prétexte au pillage et au vandalisme. Donc, pour trouver les fameux sésames, tout d’abord ouvrir les yeux. Et persévérer dans la recherche ! On trouve des indices dans les reportages, dans les photos des autres explorateurs, la presse locale et nationale peuvent aussi renseigner sur les localisations de lieux désaffectés en temps réel. Google est un ami précieux dans cette étape de la recherche. Et parfois, compter sur la chance.

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Paul, quant à lui, pratique la plupart du temps avec un ami photographe, aussi passionné que lui. Il m’explique aussi combien il s’est pris d’affection pour ce patrimoine qui nous entoure et qui parfois est à l’abandon par la faute de revers de fortune ou de problème d’héritage. Lorsque je lui demande pourquoi cela le touche, il me parle de ces anciennes usines ou ateliers d’artisans qui racontent l’histoire d’un métier, d’un village, comment ces endroits faisaient vivre la région, combien ils étaient importants pour l’économie locale. Il me parle aussi de ces châteaux décatis, de ces monastères ou vieilles églises que le temps désagrègent et dont les pierres s’effritent doucement alors même qu’elles furent posées en des temps si reculés que la grue n’existait pas encore. Des pans entiers de l’histoire de nos régions tombent en ruine et parfois, bien que cela aille à l’encontre des règles de l’urbex, Paul se rapproche de certaines associations, telle que « Patrimoine Le Mans Ouest » afin de protéger certains sites d’une dégradation inéluctable. C’est ainsi que l’une de ses destinations est devenue un lieu à sauvegarder et lui l’avocat d’un site en danger. Car, même si l’urbex est une passion pour les lieux désertés, lorsque des siècles de beauté architecturale en ruine vous contemplent, il est difficile de ne pas vouloir les sauver et faire en sorte que la dégradation se fasse le moins vite possible.

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Car l’histoire aussi est lisible en ces lieux. La petite et la grande. Chapelle du XIIe siècle, château du XVIe, moulin et autres monastères racontent la vie locale et font partie de la grande Histoire de France. Ils restent des veilleurs qui peuvent nous en apprendre plus sur notre passé et témoignent du talent des artisans qui ont construit notre patrimoine architectural et religieux. Cette activité lui permet aussi d’échanger avec les personnes qu’il peut croiser sur les lieux. Gardiens, protecteurs des lieux, urbexplorateurs ou curieux croisés sur les chemins…

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Au cours de notre balade, Paul me raconte plein d’anecdotes sur ses sorties. Et j’ai bien ri ! « Brèves d’Urbex » pourrait être un titre pour un recueil. C’est parfois la déception lorsqu’ils rentrent bredouilles et d’autres fois, le hasard guide leurs pas vers une destination qui se révèlera surprenante et magique. L’aventure peut aussi se révéler cocasse ou flippante comme la fois où ils tombent sur une maison à l’air franchement abandonnée, pas du tout entretenue et qu’ils explorent prudemment. Ils y vont doucement car c’est terriblement vétuste, encombré et  l’endroit semble habité par un fantôme. Jusqu’au moment où s’avançant plus profondément dans les pièces, ils entendent un poste de télévision en marche. Ils prennent leurs jambes à leur cou ! En réalisant plus tard que si la maison était tellement congestionnée et débordante d’objets en tout genre, c’est que le locataire était surement atteint du syndrome de Diogène, ce qui le poussait à tout conserver.

Des rêves de voyage et d’urbex, Paul en a bien sûr ! Il a d’ailleurs déjà exploré quelques lieux en Belgique, en Allemagne et en Espagne. Très souvent organisés, ces voyages d’exploration réservent aussi leur part d’improvisation. Tout comme cette fois où, en vacances, il est tombé sur l’une des plus grandes gares d’Europe. En friche. Du bonheur pour cet explorateur de ruines !

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Féru d’histoire(s) et guide passionné et passionnant, j’ai beaucoup aimé suivre et écouter Paul dans cette découverte. Et marcher dans ses pas, fait espérer la photographe en moi !

N’hésitez pas à suivre ce talentueux artiste sur les réseaux sociaux. C’est un régal pour les yeux et une façon bien différente d’aborder l’histoire, l’architecture et la richesse de notre patrimoine.

Sur Instagram : @UrbexWatch

Sur Facebook : https://www.facebook.com/UrbexWatch/

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